Grand photovoltaïque | Prête-moi ton toit, je te donnerai des kWc moins chers

Les entreprises s’intéressent de plus en plus au grand photovoltaïque et à un des systèmes de financement qui lui est propre: le tiers-investissement. Pour le plus grand bénéfice des factures d’électricité, de la compétitivité des entreprises wallonnes, des collectivités et… du climat.

Les entreprises susceptibles d’être intéressées par le principe du tiers-investissement appliqué à une installation photovoltaïque sont nombreuses : « Il peut s’agir d’entreprises actives dans la production d’air comprimé, dans l’agro-alimentaire, dans les data-centers, les services… » commente Benoît Fosseprez, le directeur des opérations d’un des leaders wallons du photovoltaïque. Cet observateur avisé a pu relever une reprise du marché à travers l’augmentation des devis demandés et à travers les chantiers réalisés : à l’Université de Mons en Hainaut dont les toits inclinés de quatre bâtiments ont été tapissés de 2.700 panneaux pour une puissance de 700 kWc (ndlr : kilowatts-crête), à l’abbaye de Chimay qui a été équipée pour une puissance d’un peu moins de 200 kWc, et aux meubles Belot à Soignies, dont les toits du hangar de stockage ont été tapissés de panneaux d’une puissance de 250 kWc.

Une électricité moins chère

La formule du tiers-investissement peut être déclinée sous des formes différentes, mais son principe reste le même : une entreprise disposant d’une grande surface cède pour une période relativement longue (10 ans habituellement) l’usage de sa toiture à un exploitant qui y place des panneaux. C’est le tiers-investisseur qui prend le risque financier et s’assure du bon fonctionnement de l’installation, et c’est encore lui qui récupère les certificats verts délivrés par la Commission wallonne pour l’Énergie (CWaPE). Le propriétaire du toit trouve son avantage en rachetant l’électricité à un prix inférieur à celui du marché. Inférieur, mais de combien ? « Tout dépend du contrat signé. Le plus souvent, le prix est 15 à 20% moins élevé » explique François Neu, un des pionniers du tiers-investissement. Parfois, l’économie peut grimper encore plus haut. Toutefois, avant de se lancer dans un projet avec une entreprise, le tiers-investisseur prendra en considération des éléments comme la répartition horaire des consommations ou encore les pics de consommation (pics auxquels une installation photovoltaïque ne permet pas toujours de faire face). 

Tour des Finances, à Liège (c) ISSOL

Cité-bioclimatique, à Mouscron (c) ISSOL

Mécanisme de réservation et transfert de CV

Pour éviter les emballements que l’on a pu constater dans le créneau du particulier, le Gouvernement wallon a mis en place un mécanisme de réservation préalable des certificats verts. Ce mécanisme de réservation permet un développement maîtrisé des énergies renouvelables, ce qui maintient le montant des factures électriques à un niveau acceptable. Les enveloppes de certificats octroyées à chaque énergie renouvelable sont fixées jusqu’en 2024 (ndlr : elle est de 52.000 CV en 2017 pour le photovoltaïque) et doivent permettre d’atteindre les trajectoires progressives de production d’électricité additionnelle par an et pour chaque filière. Avec l’idée d’atteindre les objectifs que la Wallonie s’est fixés, à savoir 13% d’EnR en 2020 et 20% à l’horizon 2025.

Au sein du Département de l’Énergie et du Bâtiment durable, à la Direction de la Promotion de l’Énergie durable, Sonya Chaoui parle d’une mécanique très bien maîtrisée : « Les certificats verts initialement octroyés à la filière du photovoltaïque étaient presque totalement consommés (ndlr : plus de 80% de l’enveloppe de certificats ont déjà été réservés, notamment en raison du lancement de quelques gros projets) en mai. Le 1er septembre de l’année en cours, tous les certificats verts qui n’ont pas été réservés sont rassemblés sur une enveloppe ‘interfilières’ selon un mécanisme légal réfléchi permettant d’équilibrer les demandes. Afin d’éviter de brider le développement des filières les plus dynamiques, les premiers arrivés sont les premiers servis pour récupérer ces certificats verts non utilisés. Chaque filière, pour autant qu’elle ait utilisé son quota à 100%, peut ainsi bénéficier d’une enveloppe qui peut atteindre 150% de sa valeur initiale ». S’il n’y a plus de disponibilité dans l’enveloppe « interfilières », le dossier est reporté sur l’enveloppe de l’année suivante. Une logique qui donne ainsi sa chance à chaque filière, même lorsque la demande y semble faible, sans toutefois brider le développement des plus dynamiques d’entre elles. 

Building-integrated photovoltaïcs

On connait le grand photovoltaïque déployé sur les toits plats ou sur les toits inclinés. En revanche, on connait moins le BIPV (Building-Integrated PhotoVoltaïcs) qui consiste à intégrer le photovoltaïque à toutes les surfaces (planes ou verticales) du bâtiment dans une démarche architecturale innovante. En Wallonie, mais aussi à l’étranger, la société wallonne Issol a réussi à accrocher de belles et très nombreuses références grâce à une approche conciliant parfaitement rendement énergétique et conception architecturale soignée. « À Liège, nous avons tapissé les façades de la Tour des Finances; à Libin, le long de la E411, le bâtiment Galaxia (à côté duquel se trouve l’Euro Space Center) imaginé par l’architecte Philippe Samyn est entièrement recouvert de nos panneaux; tout comme le bâtiment de Bruxelles Environnement sur le site de Tour & Taxis, lui aussi signé Samyn & Partners en association avec le bureau Cepezed; à Paris, c’est le bâtiment du nouveau Palais de justice signé Renzo Piano qu’Issol a tapissé de cellules », explique l’associé-administrateur de cette société basée à Dison. Dans ce cas, les contingences pratiques (la production des kWh) se marient avec les considérations esthétiques (les panneaux d’Issol sont parfaitement intégrés à l’architecture), ce qui permet une intégration dans toutes les situations et dans tous les environnements. Ici, la décision d’intégrer le photovoltaïque est souvent prise très en amont, avec l’intervention souvent éclairée de l’architecte qui travaille le panneau au même titre que les éléments constructifs. Cela n’empêche pas de voir le principe du tiers-investissement s’appliquer. À l’image de ce que la société disonaise a réalisé pour la gare de Perpignan avec une verrière composée de 1.156 verres solaires actifs semi-transparents intégrés au bâti, pour un investissement de 1.200.000 euros et avec une prise en charge d’une partie par Issol en tiers-investissement. 

REINTEREST… L’avenir du PV

Dans une approche encore plus prospective, on peut également parler du projet REINTEREST. Laurence Polain, spécialiste en recherche, innovation et développement au sein de la Cellule Recherche en énergie durable de la DG04 : « Ce projet a été sélectionné, parmi d’autres, lors de la sollicitation 2016 Recherche – Énergie de la DG04. Doté d’un budget sur trois ans de 749.911 euros avec go/no go annuels, REINTEREST vise à instaurer, en rénovation, une méthodologie de conception, industrialisable et sur mesure, de parois multifonctionnelles et intelligentes. Il s’agira de parois pour le bardage et le parement des murs et la couverture des toits, dont la pose rapide et facile par l’extérieur permettra de veiller, en une seule opération, à pourvoir au photovoltaïque et au stockage d’électricité (à l’aide de batteries ultraplates et/ou d’ultracapaciteurs et/ou de batteries hybrides), au respect de l’étanchéité, à l’isolation et au monitoring, le tout sans oublier les aspects esthétiques ». Lancé en janvier 2017, REINTEREST est un projet de recherche industrielle d’intérêt général, plutôt à classer dans le registre de la recherche appliquée, avec une démonstration sur site prévue en fin de projet. Il associe le département d’Aéro Thermo Mécanique de l’ULB, la Faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale, d’urbanisme de l’UCL, l’Institut de Conseil et d’Étude en Développement Durable (ICEDD), le Centre d’Excellence en Technologies de l’Information et de la Communication (CETIC), ainsi que les entreprises electriXities et COBELBA.

Business Centre Negundo 4-Ideta, à Tournai (c) ISSOL

Ici encore, de beaux développements sont à suivre et pourraient également intéresser des tiers-investisseurs. Vous pourrez suivre les évolutions du projet sur www.reinterest.be. Il est à noter que cette recherche s’insère dans le cadre du Programme de Collaboration Technologique concernant le photovoltaïque (BIPV) de l’Agence Internationale de l’Énergie IEA PVPS Task 15 (voir encadré).

>> À voir sur www.reactif.wallonie.be : le reportage vidéo « Plus esthétique, plus fonctionnel : le photovoltaïque fait peau neuve avec Issol et Reinterest »

PV Cycle. Ou l’après-vie des panneaux

Même si la durée de vie d’un panneau photovoltaïque est longue (on parle de 20 et 25 ans), au bout d’un certain temps, les cellules qui le composent vont voir leur rendement diminuer. À terme, il faudra bien les remplacer et organiser la collecte et le recyclage de tous ces panneaux devenus obsolètes. Dans le cadre de la transposition de la directive portant sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) pour laquelle un arrêté entrera en vigueur au début de l’année 2018, la Région wallonne a décidé de mettre en place un système renvoyant les producteurs à leurs responsabilités. « Trois choix s’offrent à eux : ils peuvent déposer un plan individuel de gestion, signer une convention environnementale avec les fédérations qui les représentent et l’administration wallonne ou encore passer par un éco-organisme » expliquent Sylvie Meekers et Anne Dumont, respectivement chef de cabinet adjoint et conseillère au cabinet du ministre Di Antonio. Pour cette dernière solution, c’est une licence (ndlr : et non un agrément) qui sera octroyée aux éco-organismes sur base de l’acceptation d’un cahier de charges précis.

L’Europe, impliquée dans la R&D autour du BIPV

Le programme de systèmes d’énergie photovoltaïque de l’IEA (PhotoVoltaïc Power Systems ou PVPS) est l’un des accords collaboratifs de R&D établis au sein même de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Depuis sa création en 1993, les participants au PVPS ont mené divers projets conjoints dans l’application de la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire en électricité, notamment dans le registre du BIPV. Il associe à ses recherches différents pays membres, dont la Belgique.

Plus d’infos : http://www.iea-pvps.org/index.php?id=task15